31 Turquie du sud et de l’ouest

avril-mai 2012

   Les alentours de Silfike

    Nos a priori très approximatifs sur la Turquie prennent rapidement «une claque» car le sud n’a rien à voir avec le Nord. Tout d’abord, les gens sont beaucoup moins marqués par la rigueur du climat et du labeur. De ce fait, ils sont bien plus ouverts et détendus lorsqu’on leur adresse un sourire ou un signe de la main. D’ailleurs, nous en faisons l’expérience dès le premier matin, au bout de notre champ d’agrumes si paisible : des ramasseurs de fraises qui reviennent des champs arrêtent leur minibus à notre niveau et nous offrent une cagette débordante de fraises tout juste cueillies. Nos figues palestiniennes, offertes en retour, ont l’air de leur plaire aussi… Les conducteurs des autres véhicules qui passent devant nous
nous adressent tous un salut ou un sourire. Avant de partir, nous allons observer les fleurs des citronniers qui sentent si bon et attraper les minuscules grenouilles qui bondissent à notre passage. Ensuite, cap sur un site aux noms mystérieux : Le Gouffre de l’Enfer et celui du Paradis…

Pour nous y rendre, nous longeons les champs de fraisiers, qui alternent avec les agrumes et les oliviers : les effluves qui s’en dégagent sont délicieuses !


   Les Gouffres de l’Enfer et du Paradis

    Un peu las des vieilles pierres, nous changeons notre fusil d’épaule et ciblons les sites naturels, désormais. Nous ne sommes pas déçus par ces deux curiosités géologiques et hauts lieux de la mythologie : Zeus aurait enfermé Typhon (le monstre aux 100 têtes) après l’avoir vaincu, au fond du Gouffre de l’Enfer, ce profond puits (120 mètres de profondeur, 80 mètres de diamètre) aux sombres parois. Un peu plus loin et au bout d’un escalier de 452 marches,
nous arrivons en bas du Gouffre du Paradis (80 mètres de profondeur, 150 de diamètre), qui se prolonge par la Grotte de l’Enfer, sombre et humide, au fond de laquelle nous descendons à la lueur de nos lampes frontales, en évitant soigneusement de glisser sur les pierres constamment arrosées par l’eau qui suinte des rochers… On n’y passerait pas nos vacances ! Ravis de nos escapades au centre de la Terre, nous reprenons la route en direction du nord-est, admirant au passage le Château de la Vierge et celui de Korykos, au large de Kizkalesi.


   
En montant dans la montagne de l’Anatolie Centrale

    Si champs d’agrumes et de fraisiers se succèdent en plaine, ils cèdent la place petit à petit aux vastes étendues gris-vert des oliviers, puis il ne reste plus que des sapins sur le flanc des montagnes, dont les sommets (3000 m) sont enneigés. L’autoroute est en très bon état, alors nous fonçons ! Le lendemain, nous regagnons la plaine agricole, laissant derrière nous les façades multicolores et les terre-pleins centraux garnis de rosiers en fleurs. Les maisons sont plus modestes.


  
Derinkuyu

    Ville souterraine qui aurait existé du temps des Hittites, cette cité byzantine était encore utilisée à l’époque byzantine, lorsque les chrétiens voulaient se protéger des attaques arabes et perses, aux VIème et VIIème siècles. Dix mille personnes pouvaient se réfugier dans les pièces creusées sous terre, réparties sur sept étages ! Même le bétail avait son étable. Ils utilisaient de longs couloirs d’aération pour ventiler l’air, évacuer la fumée des feux de bois et recevoir la lumière du jour. En tout cas, ce labyrinthe nous émerveille ! Quand nous refaisons surface, les vendeuses de poupées traditionnelles nous sollicitent vivement, car la saison est encore un peu creuse et le touriste se fait rare…. L’habit traditionnel se compose, pour les hommes comme pour les femmes, d’un pantalon bouffant resserré aux chevilles.


  
La Cappadoce
    Avant de nous attaquer au site hyper touristique et très fréquenté de la ville de Görëme, nous nous familiarisons avec les fameuses cheminées de fées qui se dressent tout le long de la route. Il s’agit en fait de concrétions qui se sont accumulées au fil des siècles, et dont la partie supérieure est composée de matière plus résistante que les couches inférieures. De ce fait, l’érosion l’a moins attaquée et elle forme des espèces de chapeaux en forme de champignon au sommet des « cheminées ». C’est dans le village préservé de Soganli que nous les approchons en vrai pour la première fois. Ici, pas de hordes de touristes ni de rangées de cars : nous sommes seuls à nous balader sur le sentier au bord duquel certaines cheminées ont jadis été creusées pour servir d’habitation voire d’églises (certaines arborent toujours de belles peintures murales). Le top du top, c’est qu’on nous autorise à bivouaquer tout au bout du chemin, perdus dans la nature, en face de l’Eglise Sainte Barbe ! Du coup, au réveil, les filles s’installent tranquillou dans l’herbe pour dessiner ces singulières cabanes biscornues. Thierry, comme d’hab’, grimpe le plus haut possible à flanc de montagne pour saisir des images insolites, et il croise Carapatte la tortue, à qui nous serrons la patte avant de la relâcher dans le buisson où elle était planquée. Beaucoup de rapa
ces planent au-dessus de nos têtes… A la sortie du village, qui n’est plus habité mais où deux auberges accueillent les touristes, nous saluons le maire (qui tient aussi une des auberges) et commandons des crêpes aux légumes et au fromage, que les femmes, installées par terre sur une couverture, font cuire sur d’énormes plaques rondes de fonte noire.


   
Le Musée en Plein Air de Görëme

    Changement d’ambiance : parking payant, groupes interminables de touristes de tous pays, stands de souvenirs… Görëme est une habituée des visites ! Certes, les peintures murales de ses églises sont magnifiquement conservées (nous apprécions particulièrement celles de l’Eglise Sombre, dont les couleurs vives ont été préservées par l’absence d’ouverture sur l’extérieur, ainsi que l’Eglise à la Boucle, elle aussi très belle), mais après notre passage à Soganli-la-sauvage, nous sommes un peu déçus par tant de mise en scène. Et puis, nous n’avons plus l’habitude de faire la queue pour visiter un monument…

    Après ce bain de foule, nous allons nous promener dans les rues plus calmes du village de Görëme, faisons nos provisions de fruits et légumes frais sur un petit étal de primeurs et craquons pour des statuettes de
derviches tourneurs en bronze, dont le vendeur offre aux enfants des demi-concombres au sel en signe de bienvenue.

    La pluie commence à tomber, alors nous nous réfugions dans notre cabane à roulettes, squattant une bonne partie de la soirée car une connexion internet est accessible depuis la rue. Nous nous rappelons de bons souvenirs en négociant un tapis, anatolien cette fois-ci, auprès d’un marchand super sympa.


   Les montgolfières…

    Ayant réservé une balade à cheval pour le lendemain matin, nous trouvons pratique de nous garer tout près du centre équestre, sur un immense terrain apparemment tranquille… Quelle n’est pas notre surprise lorsque, à 5h30 du matin, nous sommes tirés du sommeil par des ronflements sourds et
incessants : une vingtaine de montgolfières multicolores sont en train de se gonfler d’air afin d’emmener les 200 personnes, qui patientent autour du stand de boissons chaudes, s’émerveiller depuis le ciel sur la beauté de ce paysage si fabuleux de la Cappadoce… Une heure plus tard, tout le monde a décollé, nous pouvons nous rendormir ; quel chouette spectacle !


    La balade à cheval

    Inès rêvait d’un tour sur le dos d’un canasson… Le guide vantant le centre équestre des Frères Dalton de Görëme, nous nous sommes inscrits pour une promenade au pied des cheminées de fées : un vrai régal ! Sedjak, notre accompagnateur d’origine pakistanaise, est adorable et trop marrant. Il s’extasie toutes les 5 minutes sur l’allure qu’a Amélie (qui monte son propre cheval !) et sur les cabrioles que fait Thierry en marge du sentier pour pouvoir nous prendre en photo… Le paysage est fantastique
et nous empruntons autant de larges chemins que de tous petits sentiers abrupts qui nous font déboucher sur d’étroites vallées aux teintes rosées.

    L’arrière-train un peu tallé, nous remercions notre guide et nous mettons en quête d’une machine à laver pour nos draps. C’est dans un camping un peu à l’écart du brouhaha que nous trouvons notre affaire : l’endroit est désert, mais la tenancière du camping accepte que nous squattions le parking le temps d’un cycle de lavage. Nous étendons notre lessive entre deux arbres, après avoir passé le village d’Uchisar (lui aussi impressionnant avec sa colline couverte de cheminées de fées), dans un champ où nous nous installons pour déjeuner. Il fait chaud et le vent souffle ; tout est sec à la fin du repas : grand luxe !


    Sultanhani

    Après avoir traversé la «Beauce» turque en direction de Konya et croisé d’immenses troupeaux de moutons, nous arrivons dans le village de Sultanhani. Sur la chaussée, des tapis sont disposés afin que les véhicules roule
nt dessus et les vieillissent, ce qui leur donne davantage de valeur… Nous en écrasons donc consciencieusement une dizaine, puis allons directement nous installer dans le jardin du Camp (maison d’hôtes et terrain de camping), dont nous apprécions l’herbe tendre et bien verte. Le lendemain, après une bonne séance de classe, direction le caravansérail Selkoujide (le plus grand d’Anatolie) datant du XIIIème siècle. Nous y admirons la grande cour, le marché couvert soutenu par d’imposantes colonnes, la galerie où sont exposés outils et instruments de mesure et la mosquée érigée au centre de la cour. Ensuite, c’est reparti ! Nous roulons dans la steppe, ne rencontrant que des moutons accompagnés de leurs bergers…

    Konya

    De cette grande ville, nous ne visiterons que le Musée Mevlana, haut-lieu du soufisme et de la formation des derviches tourneurs. Les anciennes loges des apprentis danseurs ont été transformées en salles de musée très instructives, nous renseignant sur les costumes, les instruments de musique et les versets du Coran qui sont chantés pour accompagner les danseurs. On peut aussi y admirer le Mausolée de Rumi, le fondateur du soufisme (branche de l’Islam très ouverte sur l’extérieur) ainsi que des miniatures de versets du Coran manuscrites sur de minuscules supports, et qui ont parfois coûté la vue à leurs auteurs.


   
La route vers l’ouest de l’Anatolie

    Le paysage est ponctué de mosquées aux dômes argentés et aux façades vivement colorées, de petits villages espacés par de vastes champs cultivés. Nous avalons les kilomètres, ne faisant de pauses que pour les repas et le plein des réservoirs d’eau (aux nombreuses fontaines qui canalisent l’eau qui jaillit des montagnes environnantes). Néanmoins, nous nous arrêtons un peu plus longuement à Yalvaç, dont le marché en plein air est réputé pour ses étals achalandés par des vendeurs venant de toute la région, en voiture à cheval pour certains ! Des poissons gros comme des chats et partiellement recouverts d’écailles effraient Sabine, qui s’approvisionne en fruits et légumes auprès de vendeurs du reste très charmants. Nous goûtons aussi une curieuse spécialité salée, ressemblant à une pizza-beignet mais à base de pâte feuilletée et fourrée aux légumes et au fromage local : un régal, bien qu’un peu gras… En quittant la ville, nous cherchons, en vain, celle d’Antioche-de-Pisidie, théoriquement toute proche et où Saint-Paul et Saint-Barnabé firent du «bon boulot» d’évangélisation puisqu’Antioche fut l’une des premières villes en Anatolie à se convertir au christianisme.

   
Tant pis, nous repartons en direction du lac d’Egirdir, au bord duquel nous nous installons pour la nuit, sous les amandiers en fleurs. Les couleurs sont superbes, car il vient de pleuvoir et les nuages gris-bleu sont encore accrochés au sommet de la montagne enneigée qui surplombe la rive d’en face. Au même moment, sur notre rive, le soleil pointe ses rayons de fin de journée, ce qui donne un spectacle de lumières vraiment chouette.
    Au réveil, même topo, les nuages gris en moins ! Evidemment, les arsouilles se précipitent au bord du lac et improvisent des cannes à pêche avec les bâtons ramassés sur la plage. Allez les convaincre de venir faire classe… Pour Thierry, c’est l’occasion de mettre à jour de menus bricolages, pendant que Sabine rapièce un drap-housse de lit qui commence à donner de sérieux signes d’usure. Le résultat relève plutôt du patchwork, mais au moins on ne passera pas à travers le trou ! Ce n’est pas tout de prendre du bon temps : en route le long des plantations de fruitiers (figuiers, abricotiers, pommiers) qui s’étendent à perte de vue ! En chemin, alors que nous ponctionnons de la bonne eau de source, une voiture s’arrête à côté de la fontaine. Le conducteur et son passager viennent eux-aussi remplir leurs bouteilles. Adnan parle bien français alors nous engageons la conversation. Il a vécu en France et en garde de bons souvenirs. Au bout de dix minutes, il nous invite à déjeuner. Nous pensons au début qu’il nous emmèn
e chez lui, mais pas du tout ! Avec son ami Muharrem qui est de passage dans la région, ils font la tournée des amis et membres de sa famille et vont dans la même direction que nous. Ils n’ont pas beaucoup de temps pour faire une pause et nous invitent carrément au restaurant, à Uluborlu ! Ils nous font découvrir la «pide», sorte de pain-pizza recouvert de sauce tomate et de viande hachée épicée, que l’on mange accompagné de crudités et de tartines de beurre étalé sur un pain-galette chaud. Un régal ! Nous nous séparons aussi vite que nous nous sommes rencontrés, encore stupéfaits – et ravis !- de cette générosité spontanée.


    Pamukkale

    Quelques dizaines de kilomètres nous séparent encore de Pamukkale et ses bassins naturels en travertin (carbonate de calcium). C’est la succession d’hôtels, ou «pansyons», terrains de camping et restaurants qui nous annonce la proximité immédiate du site, hautement touristique. Tout ce qu’on aime… Comme un orage menace, nous nous contentons d’un petit tour à pied dans le village et sortons de ce guet-apens à touristes pour trouver un coin tranquille dans la colline, perdus entre les cultures verdoyantes d’oliviers, d’agrumes et de figuiers. Nous avons le temps de faire classe, de prendre un petit apéro (initié par Martin) et de passer une bonne soirée au son du croassement des grenouilles. Le lendemain matin, petit-déjeuner «en terrasse», au soleil. Les enfants ont découvert un filet d’eau qui traverse le chemin en amont de notre bivouac et se délectent en patouillant dedans… Pas grave, le programme qui suit inclut une baignade dans les bassins du site de Pamukkale : ne t’énerve pas, Maman !… Cette enfilade de bassins aux eaux blanc-bleu est éblouissante et majestueuse. A l’aller, nous restons très dignes, ne trempant que nos pieds dans les bassins peu profonds, tapissés d’un dépôt style «vase», mais blanc, que Martin appelle «pâte à pain»…

  
Un immense site de vestiges romains, l’ancienne ville de Hiérapolis, jouxte les bassins. Nous en sélectionnons quelques édifices, tels que l’amphithéâtre (où nous pique-niquons, à l’ombre des vomitoires) et l’agora, que nous relions grâce à un petit sentier caché par les hautes herbes. En effet, nous avons déjà visité de nombreux sites archéologiques superbes et les enfants saturent un peu lorsqu’ils voient des vieilles pierres, surtout si elles sont moins bien conservées que les premières… L’originalité du site tient au fait qu’il était déjà connu par les Romains pour les vertus thermales de ses sources. En 190 avant J.C., Hiérapolis était déjà une station thermale très fréquentée ! D’ailleurs, il est toujours possible de se baigner dans le Bassin Antique, au milieu de fragments immergés de colonnes en marbre, mais le prix d’entrée est exorbitant. Par chance, on peut tout de même en faire le tour à pied, histoire de se rendre compte du cadre. Juste à côté, on vante les mérites des «poissons-docteurs», véritables pierres ponces à nageoires, qui suçotent plante des pieds et corne des talons pour les rendre plus doux
que la peau d’un bébé. Martin teste en plongeant uniquement une main dans le bassin : ça chatouille… et ça marche ! Nous repassons ensuite par les bassins de travertin, après avoir ôté nos chaussures, et enfilé nos maillots de bain  cette fois-ci, et lâchons les fauves, qui passent d’une piscine à l’autre en en comparant la température (plus on est près de la source, plus l’eau est chaude) et en finissant par s’enduire de la fameuse «pâte» blanche trouvée au fond des bassins… Ils prennent ensuite plaisir à se prélasser sous les cascades qui suintent le long des parois et font disparaître toute trace de
bataille de bouillasse. Heureusement qu’il fait chaud !

    Tout en profitant de cette balade «les pieds dans l’eau», nous sympathisons avec un couple de petits jeunes, Brice et Mélanie, avec qui nous causons jusqu’à la sortie. Là, nous nous séparons un peu vite, sollicités par trois Français désespérés d’avoir manqué le dernier bus pour Denizli, où ils devaient attraper une correspondance. Ils sautent dans le camion et Thierry appuie sur le champignon afin d’arriver à la gare routière avant le départ dudit bus. Mission accomplie : nos aventuriers sont sauvés, et nous n’avons plus qu’à poursuivre la route jusqu’au coucher du soleil. Tous ces champs d’agrumes nous font de l’œil… Mais nous galérons pour trouver un endroit où stationner sans gêner la circulation des tracteurs et autres engins agricoles. Alors que nous nous apprêtons à faire demi-tour devant une carrière, un des employés nous fait signe et nous demande ce que nous cherchons. Lorsqu’il comprend que nous souhaitons simplement nous arrêter pour la nuit, il nous indique le terrain de foot du village, 500 mètres plus loin. C’est parfait ! En plus, un quart d’heure après, il vient nous apporter cinq tasses de thé sur un petit plateau : bel accueil ! Plus tard, c’est un jeune berger qui mène ses moutons sous nos fenêtres ; il a l’air de s’ennuyer, alors Martin et Amélie vont lui proposer une pomme et du chocolat. D’abord surpris, il accepte volontiers et croque avec gourmandise dans ce modeste goûter. Nous apprécions de voir que nos enfants sont maintenant à l’aise avec les personnes qu’ils ne connaissent pas forcément, et qu’ils ont compris qu’une attention, même infime, fait plaisir à celui qui la reçoit. Reste à souhaiter qu’ils s’en souviennent longtemps.


    Ephèse

    Avant de prendre la route ce matin, Martin nous a fabriqué des semelles fantastiquement douces, avec des feuilles d’ «oreilles d’ours» ramassées dans le champ : trop confortables ! Nous avons mis le cap à l’ouest, jusqu’au littoral, ou presque, traversant toujours autant de verdure. Le site d’Ephèse se situe au bout d’une petite route à sens unique, où l’on est un peu surpris de se retrouver au milieu de dizaines d
’échoppes de souvenirs, tellement le paysage était sauvage auparavant. En prenant nos billets à la caisse, nous avons la belle surprise de retrouver Brice et Mélanie qui arrivent tout juste en bus ! Nous qui étions déçus de les avoir quittés si vite hier… Du coup, la visite prend comme un air de fête avec eux, dans un cadre plutôt impressionnant car Ephèse est la cité antique la mieux préservée de la Méditerranée orientale. Ce qui nous plaît le plus - parce que dans toutes les ruines visitées, nous n’en avions pas encore vu - c’est la bibliothèque de Celsus (gouverneur de l’Asie Mineure romaine au début du IIème siècle), qui abritait 12 000 rouleaux manuscrits. Une fois rassasiés d’Histoire, nous partageons un bon goûter avec nos amis avant de mettre les voiles, direction Selçuk, la ville moderne toute proche. Un petit coup d’œil à la Mosquée Isa Bey, puis nous nous cassons le nez sur les grilles du site de la Basilique de St Jean, qui viennent de fermer… Un marchand de souvenirs nous propose d’escalader la clôture quelques mètres plus loin, pour trois fois le prix d’entrée, mais nous déclinons et nous satisfaisons d’une balade tranquille en surplomb de la ville qui se colore de rouge-orangé au coucher du soleil. Mélanie et Brice prennent un bus de nuit à 21 heures, ce qui nous laisse juste le temps de dévorer un bon plat de pâtes au gruyère et sauce tomate ensemble, puis nous les laissons à la gare routière
et ne nous cassons pas la tête pour le bivouac : ce soir, nuit au camping ! Nous en avons repéré un dans lequel il y a … vous l’aurez deviné… un lave-linge  ! Pour les draps, si longs et pénibles à rincer et essorer à la main ! On capte même internet dans le jardin, c’est Byzance, euh… Ephèse !!

    Au réveil, le soleil est toujours de la partie, alors le moral est au beau fixe ! Les couettes sont sèches, nous pouvons partir. Le Musée d’Ephèse nous apporte des explications, notamment sur Artémis, la déesse de la fertilité, emblème de la ville, mais aussi sur les techniques artisanales et agricoles employées autrefois dans la région. Les enfants sont très intéressés par une série de cadrans solaires, ainsi que par des inscriptions grecques gravées sur une imposante pierre verticale.


    La route du littoral vers le nord et le site de Bergame

    Après Izmir, à l’urbanisme hyperdense et au halo de pollution pas très engageant, nous retrouvons les champs d’oliviers et les vastes étendues de culture au sol. Les zones industrielles gâchent un peu le paysage… Le jour suivant, nous roulons toute la matinée, pour atteindre Bergame à midi. Des officiers turcs ont été tués par des rebelles Kurdes il y a quelques jours, et leur enterrement a lieu aujourd’hui à Bergame, ce qui perturbe le trafic… Quand est-ce que les hommes arrêteront de se crêper le chignon ??!

Sur la colline qui mène à l’Acropole
, les petites maisons mitoyennes aux façades colorées et les ruelles pavées créent une ambiance chaleureuse. L’accès au site de cette cité si fastueuse dans l’Antiquité proche-orientale se fait, tenez-vous bien, en télécabine ! Nous qui avions la nostalgie des stations de ski, nous voilà consolés ! Le cadre est splendide, car il surplombe la vallée et donc la ville nouvelle qui y est installée. Les vestiges sont un peu «à plat», mis à part l’impressionnant amphithéâtre de 10 000 places, tout en hauteur car édifié à flanc de colline et qui donne un peu le vertige… Le temple de Trajan affiche de belles colonnes et les contreforts de la terrasse où il est construit forment une jolie enfilade d’arches propices aux photos d’art (des dizaines de concurrents, armés d’appareils-photo extraordinaires, se baladent au milieu des ruines ce jour-là et capturent des images de chaque endroit un peu insolite, dans l’espoir d’être l’heureux gagnant du concours organisé par la ville). Pour nous, l’endroit est idéal pour pique-niquer, à l’ombre d’un acacia (et oui, il fait bien chaud !).


    Des champs d’oliviers à perte de vue…

    Nous poursuivons ensuite notre chemin le long de la côte avec la certitude qu’au milieu de tous ces oliviers, nous ne peinerons pas à débusquer un petit chemin tranquille pour bivouaquer… Que nenni !! Au bout d’une heure et demie de recherche dans une immense oliveraie, nous nous retrouvons bredouilles, au point de départ… Et après, c’est un village balnéaire qui nous attend. Pas ce qu’il y a de plus propice pour stationner discrètement au milieu de nulle part. Contre toute attente, au –delà du village en question, une charmante plage sauvage, Sarimsakli, en forme d’anse nous tend les bras ! Au matin, des familles débarquent pour pique-niquer sur la plage et profiter de la douceur de l’eau, mais nous tenons bon et assurons notre séance scolaire très sérieusement ! Thierry déroge un peu à la discipline et va piquer une tête, mais c’est une juste récompense pour le bricolage effectué sur le camion juste avant ! On ressort table et chaises de camping pour le repas, puis en route pour Küçükkuyu, où nous visitons le très instructif Musée de l’Huile d’O
live, malgré la soupe à la grimace que nous sert Amélie, qui en a assez des visites… Huile d’Olive, tapenade et savon à l’huile d’olive n’ont plus de secret pour nous désormais !

    La petite route que nous empruntons ensuite est un vrai délice (sauf pour les suspensions du camion…) car elle serpente au milieu des oliviers, eux-mêmes plantés à quelques mètres de la mer. Campings, auberges et restaurants se succèdent tout le long, cachés dans les feuillages, et l’on s’arrêterait volontiers si l’on n’avait pas un programme à respecter… Nous apprenons par un SMS des parents de Sabine que François Hollande vient d’être élu Président de la République : saura-t-il relever tous les challenges pour une France plus équitable ? Inch’Allah, comme diraient nos amis arabes !

   
Un petit coin de garrigue nous a accueillis pour la nuit et ce sont les moutons qui nous sortent doucement du sommeil en bêlant sous nos fenêtres… Jusqu’à Troie, la circulation est un peu perturbée car une nouvelle route est en construction. Les acacias sont en fleurs, tilleuls, platanes et coquelicots nous ravissent l’œil : c’est beau, point.


    Troie

    Bien que le guide nous ait prévenus, nous décidons de nous rendre sur le site de la fameuse ville de Troie, qui aurait été envahie grâce à des soldats Grecs cachés dans une maquette de cheval que les Troyens auraient laissé entrer dans l’enceinte fortifiée de la ville en croyant recevoir un cadeau pour la déesse Athéna, qu’il fêtaient à ce moment-là… En réalité, à part la gigantesque maquette de cheval en bois, dont la description nous intriguait et en haut de laquelle on peut monter, et la promenade « bucolique » (selon les termes d’une dame anglaise rencontrée en chemin) que représente effectivement la visite, le site est un peu déconcertant…


    Le détroit des Dardanelles

La région est vraiment superbe, avec son littoral dentelé, sa mer bleu-profond et sa végétation luxuriante! Avant de traverser le détroit stratégique qui ouvre la voie vers la Mer de Marmara, nous nous octroyons une petite pause originale dans un garage Fiat : le voyant des freins clignote… Les employés sont adorables et s’arrangent pour que l
’attente ne soit pas trop désagréable. On nous indique un espace de repos, avec tables et chaises, dehors, où nous nous installons pour mettre à jour les carnets de bord des zouzous. Pendant ce temps, Thierry consulte internet depuis le camion tout en jetant un œil sur le travail effectué, car l’ouvrier un peu «bourrin» qui s’occupe de notre monture n’a rien trouvé de mieux (pour nous mettre en confiance ?...) que de reposer le camion sur la ferraille après avoir inspecté les plaquettes… Une fois l’affaire réparée, nous reprenons la route et bivouaquons dans une zone résidentielle de Çanakkale, à côté d’une maison de retraite, bien calme. Le lendemain, nous nous faufilons de justesse sur le pont du bac qui effectue la traversée du détroit jusqu’à la péninsule de Gallipoli, qui fut le théâtre d’affreux combats durant la première guerre mondiale. Beaucoup de militaires sillonnent le coin, on distingue des bunkers plantés en plein champ et recouverts de végétation, et un char traverse même la route devant nous ! L’endroit est toujours sous étroite surveillance !

    Nous voulions d’ailleurs visiter le Musée de la Guerre, histoire de montrer aux enfants dans quelles conditions vivaient les soldats qui défendaient leur pays. Malheureusement, il est fermé… Nous continuons notre route en direction de la Bulgarie, bivouaquant sur une aire de pique-nique où les clients du bistrot voisin chantent à tue-tête, essayant vainement de faire concurrence aux grenouilles (qui ne laissent pas leur part au chien, question «concert»…)  La matinée qui suit est consacrée au lavage de linge sale en famille (voir photos !) et à la grimpette sur les pins inclinés. 

 

        Avis à la population !

Le dossier initial traitant de notre premier séjour en Turquie (début octobre), avait été «perdu» dans notre ordinateur au moment où nous voulions le mettre en ligne… N’étant déjà pas très en avance, nous avions décidé de le réécrire plus tard. Par conséquent, c’est aujourd’hui, en même temps que ce deuxième volet de notre découverte de la Turquie, du sud et de l’ouest cette fois, que nous vous donnons un bref aperçu de ce périple rapide et pas très folichon, dont le but était surtout de rallier le Nord de l’Iran le plus tôt possible afin de ne pas rencontrer trop d’hiver dans les montagnes iraniennes.

Vous le trouverez donc inséré «à sa place», entre la Grèce et l’Iran.

                                                                                                Bonne lecture !